Cheese pairing, Histoire & histoires
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La légende de la fée, de la pomme de terre et du fromage

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Il était une fois une pomme de terre qui avait une bonne odeur de malt, mais comme elle avait encore sa vêture de peau rugueuse et un chapeau cabossé en paille de cheddar, elle était consommée en arrière-cuisine. Tout le monde voyait sa bonté et sa beauté, mais elle n’était jamais invitée au bal.

Un soir que la pomme de terre était seule, une bonne fée apparut et proposa à ce pauvre tubercule calleux et boueux d’exaucer un voeu. La pomme de terre déclara qu’elle souhaitait plus que tout être débarrassée de ses habits grossiers, afin de pouvoir, lisse et soyeuse, devenir présentable pour les gens qui dînaient dans les meilleurs restaurants de France et de Navarre.

La fée agita sa baguette.

La pomme de terre tomba dans un profond sommeil et, en un clin de ses nombreux yeux, se réveilla dans un restaurant appelé L’Ambassade d’Auvergne, en plein coeur de Paris, transformée en la plus satinée purée que les clients eussent jamais vue. On l’appela aligot.

La nuit suivante, la fée apparut de nouveau et demanda à la pomme de terre quel était son prochain souhait. Cette dernière, que la soirée précédente avait laissée nauséeuse, désira quelque chose de confortable, mais sophistiqué. Un coup de baguette magique, et elle se retrouva au chaud, couchée en tranches avec du gruyère et ses vieux amis, crème et ail, dans un gratin dauphinois. La pomme de terre appréciait de ne plus porter sa vilaine robe, mais n’avait pas trop confiance dans l’ail et la crème, des amis un peu trop malicieux.

Lorsque le troisième soir la fée revint et lui demanda quel était son dernier voeu, la pomme de terre déclara qu’elle était un peu fatiguée. Que diriez-vous de vous baigner dans une raclette collante et fruitée en suggéra la fée, accompagnée peut-être de cornichons ? En fait, répondit la pomme de terre, ce que j’aimerai mieux, c’est rester à la maison avec une bonne bouteille de bière et du cheddar, tant qu’il vient du Keen ou de Westcombe, car voyez-vous, si j’ai appris une chose, c’est que je suis trop bonne fille pour les gras compagnons avec lesquels j’ai passé mes deux dernières soirées. C’est parler sagement, acquieça la fée. Et elle disparut dans un nuage de fumée.

Légende de la pomme de terre,
Extrait de « Le répertoire des saveurs. Associations, recettes et astuces pour une cuisine créative » par Niki Segnit aux éditions Marabout.

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